Madame la Ministre,
A travers la nomination sans concertation de José Montalvo et Dominique Hervieu à la tête du Théâtre National de Chaillot, c’est un moment de notre histoire théâtrale qui
s’achève, voire même un reniement de ce que fût ce fleuron et ce symbole de la décentralisation.
Le personnel du théâtre est très sensible aux arguments développés dans la presse à travers les témoignages de certains artistes, et les remercie pour ce soutien.
Les salariés du TNC, souhaitent vous interpeller, et vous faire part de leurs légitimes inquiétudes, relatives à votre récente décision de modifier une nouvelle fois le champ d’activité de notre
théâtre.
Ils expriment en premier lieu leur déception d’apprendre par voie de presse une décision de cette importance, et s’interrogent sur la considération que vous accordez aux salariés, qui, avec le
directeur et les cent trente mille spectateurs, qui, en moyenne, le fréquentent chaque année, font ce théâtre.
Mais surtout, ils expriment une immense inquiétude quant à leur avenir, du fait qu’aucune esquisse de projet ni de moyens n’ont accompagné la nomination de José Montalvo et Dominique Hervieu. Or,
l’étude des comptes financiers de ces dernières années montre que la danse coûte par représentation presque deux fois plus cher que le théâtre. Grâce à l’exercice de funambule qu’a accompli André
Mondy, notre administrateur, le budget du TNC a été contenu. Nous avons toutes les raisons de penser que, sans moyens supplémentaires, celui-ci explosera si notre activité se concentre uniquement
sur la danse, avec les conséquences sociales qui en résulteront.
Le personnel du TNC vous informe qu’il n’acceptera pas d’être la variable d’ajustement résultant de cet aventurisme.
Au prix d’efforts certains, les salariés du TNC ont su s’adapter à l’activité qui est aujourd’hui la leur, et trouver à travers cette double activité, (théâtre et danse) un relatif équilibre,
quoique leur formation initiale soit essentiellement théâtrale.
Par ailleurs, l’absence de lieux de répétition adaptés à la danse dans nos murs, leur fait craindre une externalisation du processus de création, et le cantonnement de leur activité à la
diffusion, à travers lesquels il leur serait impossible d’exprimer leur savoir faire. Ils accepteraient très mal de se voir retirer complètement la faculté d’exercer leurs véritables métiers dans
le cadre de ce nouveau projet.
Aussi, et afin de prévenir un conflit potentiel, nous sollicitons une rencontre pour débattre de ces graves sujets, et peut-être trouver - du moins nous l’espérons - les solutions
susceptibles de garantir l’intérêt général.
Dans cette attente,
Nous vous prions de croire, Madame la Ministre, en l’assurance de nos respectueuses salutations.
Les élus SYNPTAC-CGT du Théâtre National de Chaillot